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lundi, 11 juin 2007

La légende du lac d'Enghien (fin)

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Angèle s’était noyée dans le lac après s’y être jeté. On avait retrouvé son corps flottant dans les nénuphars qui bordaient l’île de la princesse Mathilde. Et je m’étais enfui pour essayer d’oublier la culpabilité de la trahison. Mes parents m’avaient envoyé faire mes études à Toulouse où se trouve la famille de mon père. Je n’étais jamais revenue à Enghien avant l’année dernière.

Le lion m’emporta sur l’île de la princesse Mathilde, j’avançai à travers les sous-bois jusqu’à la rive, je vis les nénuphars, je vis le corps d’Angèle… « Angèle ! », je sautai dans l’eau en hurlant, je me débattai dans cette eau boueuse pour faire sortir Angèle de l’eau, je la ramenai sur le rivage. « Angèle ne pars pas ! Ne me laisse pas, par pitié ! Pardonne moi ! » hoquetais-je entre mes sanglots…Mais Angèle était bien morte, je serrai son corps glacé dans mes bras quand soudain je me rendis compte qu’elle avait autour du cou l’écharpe multicolore de M. Lartichoux, notre professeur de Français. J’entendis alors le lion me dire qu’Angèle était la maîtresse du professeur et que c’est à cause de lui qu’elle était morte. Elle s’était jetté dans l’eau quand il avait rompu avec elle.

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Je me retrouvai alors devant la tombe d’Angèle sur laquelle se trouvait Léandre Fabados. Je ne ressentais plus aucune colère contre lui mais plutôt de la pitié. Léandre s’était senti lui aussi responsable de la mort d’Angèle et il n’avait plus jamais écrit un seul poème, lui qui semblait promis à un avenir littéraire si prometteur. Je m’agenouillai à ses côtés et lui pris la main en lui disant : « Angèle t’a pardonné depuis longtemps, Léandre, tu n’es pas responsable. Je te pardonne aussi…Ouvre ton cœur et pardonne à ton tour…Accorde ton pardon à Angèle pour que son esprit puisse reposer en paix. Accorde moi ton pardon, la vie nous attend… ».

Je me trouvai à nouveau sur la berge en compagnie de Rémy. Rémy n’avait pas quitté Enghien, en fidèle gardien de notre lourd secret. Il attendait mon retour et avait dédié sa vie à la quête de la vérité. Il était devenu juge d’instruction. J’entendis le lion me dire : « La faute n’existe pas, Angèle et toi, Lili, vous avez confondu le feu du désir et la passion d’aimer…Le feu du désir torture et n’apporte que souffrance, la passion de l’amour épanouie et apporte la joie ». Angèle et moi avions toujours été très proches car nous avions le même caractère,  nous avions menti et trahi en même temps, nous nous étions perdu cette année là. Angèle s’était noyée dans le lac et moi je m’étais noyée dans mes mensonges …Jusqu’à perdre ma voix, mon âme, mon identité et me prendre pour Angèle. J’étais devenue ce qu’elle voulait être : journaliste, alors que mes rêves me portaient depuis toujours vers le théâtre et le chant. Rémy pris ma main et me dit : « Toi seule peut délivrer ton âme de l’ignorance et de la souffrance, la vérité effacera tout le mal que tu as fait avec tes mensonges, il te suffit de tendre la main à tous ceux qui ont besoin de toi . Maintenant, il est temps de reprendre le chemin de ta vie ! ».

J’étais à nouveau sur le banc de pierre, j’écrivais des lettres pour lever le voile du mensonge, je racontais cette terrible année 1982 telle qu’elle avait vraiment eu lieu à Carola, Fanny, Cassandra, Rosa et toutes les autres…Plus j’écrivais et plus l’orage se levait, le vent faisait gémir les arbres, la pluie me cinglait violemment, j’étais entièrement mouillée et j’avais froid, je ne voyais plus rien, tout était si glauque. C’est alors que je vis sa main dans un rayon de lumière. L’autre poète, le poète de Lumière était venu me pêcher dans un filet de mots pour me sauver du monde des conventions et de ses mensonges et je pris sa main pour commencer ma renaissance sur le chemin de la vérité.

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Le pêcheur achevait de me réchauffer sur la berge. « Toujours aussi imprudente, Lili » me dit-il « tu aurais pu te tuer ! ». Ses paroles étaient sévères mais il me les disait d’un ton peu agressif et ses yeux étaient embués de tendresse. Nous nous regardions comme si nous nous découvrions pour la première fois. Rémy me dit : « Je suis heureux que tu sois revenu à Enghien, je t’attendais ». Il m’aida à rassembler mes affaires et c’est alors que je trouvai dans mon sac le livre de poésie que Léandre venait de publier : « La légende du lac ». J’y découvris aussi les lettres que mes anciennes camarades m’avaient envoyé. Je m’inquiétais pour la barque que je ne pouvais pas ramener au vieil homme. Rémy me dit de ne pas m’inquiéter, qu’il s’arrangerait avec lui car il le connaissait bien. Il ajouta : « Tu le connais aussi ce vieil homme, c’est notre ancien professeur de Français M. Lartichoux ». M. Lartichoux avait du répondre de ses actes devant la justice et avait passé plusieurs années en prison avant de revenir s’installer près du lac. Rémy l’avait aidé à se reconstruire une vie. Je donnai ma main à Rémy pour qu’il me releva, comme au temps béni de l’école primaire. Et cette fois-ci, il ne la lâcha pas…

   

Voici la dernière partie de cette nouvelle interactive. Merci à toutes mes muses : Pénélope, Irène, Sacados, Lili, avec une mention particulière pour mes trois fidèles, qui m’ont accompagné du début à la fin, Rosa, Cassandrali et Rémy. A votre tour maintenant d’écrire une nouvelle interactive pour que je puisse vous aider…

Commentaires

Une fin comme je les adore ! Bravo Enriqueta !
Tu t'en sors comme un chef à cet exercice de nouvelle interactive, tenant compte des idées de tes lecteurs, mais tout en suivant ton fil conducteur, en gardant la maitrise des "rôles" de tes personnages...
Chapeau bas !
PS : je ne dis pas que je ne tenterai pas l'aventure d'écrire une nouvelle interactive mais... Il me faudrait avoir un peu plus de disponibilités pour cela, mais pourquoi pas !
@Bientôt

Écrit par : cassandrali | lundi, 11 juin 2007

j'aime bien la fin, c'est une jolie histoire bien émouvante.

Écrit par : irene | lundi, 11 juin 2007

Bravo Enriqueta! Comme cela doit être difficile de mêler les inspirations. Tu t'en es vraiment bien tirée et la nouvelle a sa cohérence.
J'adore la fin ... Le prof à l'écharpe : belle trouvaille.

Écrit par : rémy | lundi, 11 juin 2007

Belle histoire, un peu comme la vie, oscillant entre tristesse et joie.

Écrit par : sacados | lundi, 11 juin 2007

Finalement une histoire de rédemption bien à ton image
Merci et bises

Écrit par : Rosa | lundi, 11 juin 2007

Merci à vous tous, vos commentaires me touchent. C'est agréable d'écrire en si bonne compagnie...

Écrit par : enriqueta | lundi, 11 juin 2007

j'arrive un peu tard... Tu t'en es bien sortie, bravo !

Écrit par : captaine lili | mardi, 12 juin 2007

Les commentaires sont fermés.