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jeudi, 26 juillet 2007

Moi, Nicolas Boytier (2)

« Le goût de l’archive passe par ce geste artisan, lent et peu rentable, où l’on recopie les textes, morceaux après morceaux, sans en transformer ni la forme, ni l’orthographe, ni même la ponctuation. L’archive recopiée à la main, sur une page blanche, est un morceau de temps apprivoisé ». Arlette Farge.

 

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"Le paiement de la dîme"  P. Brueghel

(Pour illustrer l'étude du notaire)

En ce samedi 31 Août 1775 j’enregistre en mon étude un désistement de plainte au bénéfice d’André Ancellet, meunier du moulin de la tour Saint Antoine, sur la ferme Saint Antoine à Montreuil et Marie Jeanne Mozineau son épouse qui reconnaissent avoir battu et excédé Charlotte Senson, veuve d’Etienne Villot, marchand-négociant, en la traitant de gueuse d’hommes , de bougresse, de pourrie, de vilaine et de vérolée. Le dit Ancellet lui a donné un soufflet considérable qui lui fit saigner la bouche et le nez tandis que la dite Senson les traitaient de chien, hurlant qu’ils essayaient d’attenter à sa vie. Le dit Ancellet répliqua alors qu’il allait devoir se laver les mains avec du vinaigre de crainte d’être empoisonné. Cette scène scandaleuse eût lieu dans l’église, juste avant l’office divin du dimanche 17 Août en présence de nombreuses personnes et pour un motif ridicule : leurs places respectives dans l’église! C’est tout d’abord la veuve Senson qui témoigne d’une voix très haut perché qui contraste avec ses lèvres charnues. C’est un petit bout de femme, si petite qu’on doit baisser les yeux pour la regarder. Puis c’est au tour de Marie Jeanne Mozineau et D’André Ancellet, il y a une grande ressemblance entre ces deux époux qui ont tous deux un visage ovale à la face bouffie et couperosée. Le dit André déclare que son épouse et lui ne supportaient plus d’être  derrière la famille Chevet. Et il ajoute, en échangeant un regard avec son épouse qui acquiesce en opinant du chef pendant que son mari témoigne, qu’ils avaient ôté le banc à dos de la dite Charlotte qui se trouvait devant celui des Chevet pour y mettre le leur. Les voilà revenus à la raison et un peu honteux sans doute de s’être battu dans une église, ils demandent pardon et reconnaissent Charlotte Senson pour une femme d’honneur. C’est à tort qu’ils se sont emporté contre la dame Senson et ont débité quelques injures qui pouvaient tendre à affaiblir sa réputation, déclare encore le mari et la femme ajoute que ce n’a été que dans un excès de véhémence agité par cette idée de banc. André Ancellet est meunier et le soucis de sa bonne réputation, nécessaire à son commerce est sans doute pour beaucoup dans ce repentir qui me semble peu sincère. Mais tout en écoutant les modalités de cette transaction que mon greffier recopie scrupuleusement, je m’esclaffe intérieurement en imaginant cet éclat de sottises et ce remue-ménage en plein milieu de l’église!

Commentaires

Je salue le retour de ce bon Nicolas ;)

Écrit par : nico | jeudi, 26 juillet 2007

Je me suis laissée prendre dans le filet de tes mots...j'attends la suite.
Bonne fin de journée
Stéphanie

Écrit par : stéphanie | jeudi, 26 juillet 2007

Vas sur mon blog, c''est fait !!! Vos désirs sont des ordres ma chère...
J'aimerais bien apprivoiser le temps !
Amitié. Vie secrete.

Écrit par : viesecrete | jeudi, 26 juillet 2007

Passionnant, merci.
Et j'adore l'illustration.

Écrit par : Laura | jeudi, 26 juillet 2007

Désolé pour ton prénom : ah ces fautes de frappes !!! Je déclare la guerre de l'amitié oui si tu veux... Bises. Vie secrete

Écrit par : viesecrete | jeudi, 26 juillet 2007

Les commentaires sont fermés.