Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

vendredi, 31 août 2007

Moi, Nicolas Boytier (9)

Pour lire le début :

http://c-estenecrivantqu-ondevient.hautetfort.com/moi_nic...

C’est une réparation d’honneur qui m’a amené aujourd’hui Lundi 26 Octobre dans la maison de Marie Claude Darenne, veuve d’Antoine Blondeau . La maison se trouve rue Haute Saint Père mais l’entrée de la maison se fait en passant par la cour ou le jardin qui se trouve à côté de la maison. La salle à manger et deux chambres se trouvent au premier étage, le rez-de-chaussée étant occupé par la cuisine, une autre chambre et une petite pièce servant de débarras. Cette maison possède encore deux greniers, une cave et quelques dépendances dans la cour : un toit à porcs, un poulailler et un local de fabrication du vin où sont logés cuves et pressoirs. Je connais bien cette maison car j’ai aidé mon père à faire l’inventaire après le décès D’Antoine Blondeau, survenu il y a environ deux ans. Sa fille majeure Marie Anne Blondeau a été calomniée par Charles Beausse son fiancé et par la mère de celui-ci, Marie Rose Vitry, veuve de Clément Beausse. Tous les deux ont professé et répandu dans le public d’infâmes calomnies contre l’honneur et la réputation de Marie Anne. Marie Rose Vitry, se trouvant à laver avec plusieurs femmes et filles de Montreuil, à la mare Saint Victor a calomnié la dite Marie Anne en débitant qu’elle avait volé plusieurs bottes d’asperges à la halle de Paris et qu’elle avait aussi volé une croix d’or et des boucles d’argent dans sa maison.  Charles Beausse a quant à lui plusieurs fois raconté que Marie Anne était une garce et une putain. Ce qui frappe de prime abord chez lui c’est sa taille. Il est si grand que je dois lever la tête pour le regarder et je suis pourtant moi-même d’une assez belle taille. S’ils ont terni l’honneur et la réputation de cette jeune femme c’est parce qu’ils avaient jeté leur vue sur une autre personne qu’ils croyaient avoir beaucoup plus de biens que Marie Anne. Ils voulaient l’obliger à reprendre sa parole et à rendre les joyaux que Charles lui avait donné pour gage de sa foi et de sa promesse lors de leurs accords aux fins de mariage. Mais finalement ayant été déçu dans leurs espoirs, ils sont revenus sur leurs premières intentions et ont assigné Marie Anne à l’officialité de Paris pour exécuter la promesse de mariage. Mon regard s’attarde sur  Marie Anne qui ne peut guère cacher sa tristesse. La jeune femme est vêtue d’un juste de drap d’elbœuf noir bordé d‘un ruban blanc et rouge, d’une jupe de serge rouge avec un tablier d’étamine noir, les cheveux relevés sous un bonnet de toile blanche garni de dentelles communes qui dégage une nuque étroite, presque celle d’une enfant. Les traits du visage sont réguliers, le teint clair, les lèvres minces mais volontaires. L’après-midi étant bien avancé et la lumière baissant peu à peu, je vois le reflet des flammes de la cheminée qui joue sur ce visage, l’éclairant ou le plongeant dans une ombre ondoyante. Elle semble peut intéressée par les déclarations de celui qui fut son fiancé et de celle qui aurait du devenir sa belle-mère, la reconnaissant pour fille de bien et de probité, honnête et sage et non entachée d’aucun des faits calomnieux par eux malicieusement dits et répandus dans le monde, ni par leur demande de pardon. Je crois qu’elle fait de gros efforts pour ne pas pleurer et pour ne pas croiser le regard de Charles. C’est d’une voix très basse, presque dans un murmure, qu’elle déclare leur pardonner, qu’elle se désiste de la plainte qu’elle a rendu contre eux et qu’elle annule son intention de se marier. Elle lui rend ses gages d’une main tremblante : une croix, un cœur, une agrafe et une bague en or, deux gobelets d’argent et une paire de gants de soie. Pendant un instant elle me fixe de ses yeux gris, je la trouve belle dans sa sévérité triste. Cela m’émeut de la voir tant souffrir pour un jeune homme peu loyal qui semble bien heureux de récupérer ces 140 livres que représentent les gages rendus, et c’est sans remords qu’il paye les 25 livres dépensés par Marie Anne en divers frais de justice. La mère, Marie Claude Darenne semble apaisée par cette démarche qui efface les mauvais discours de Marie Rose et Charles et rend à sa fille honneur et réputation. Les témoins sont nombreux car l’affaire faisait grand bruit depuis plusieurs mois dans le village de Montreuil, la plupart sont des vignerons comme les deux familles en présence, ce sont eux qui les ont supplié de discontinuer les poursuites, les Beausse, les Blondeau , les Darenne et les Vitry sont des familles nombreuses et puissantes. Les témoins les plus prestigieux sont maître Antoine Doucet, procureur fiscal de la prévosté de Montreuil et Estienne Vitry, ancien marguiller et frère de la veuve Beausse. On voit bien que tout ce monde a pour préoccupation principale que la paix revienne au village. Il faudra bien qu’elle se console cette Marie Anne, elle ne devrait pourtant pas le regretter ce Charles qui n’a aucune foi, mais le cœur a des raisons que la raison ignore. Les voilà libres tous les deux, il leur sera permis, ainsi qu’ils en conviennent du consentement de leurs mères et de leurs parents et amis présents de se pourvoir l’un et l’autre à l’égard de mariage ainsi que bon leur semblera. Chaque famille est désormais libre de trouver un autre bon parti et je souhaite, au fond de mon cœur, à cette jeune Marie Anne de trouver un mari plus loyal que celui-ci.

  c4c72cef05a46810281786eb0edeae43.jpg

Les commentaires sont fermés.