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lundi, 17 septembre 2007

Moi, Nicolas Boytier (11)

Me voilà aujourd’hui  mercredi 28 novembre au château de Montreau à Montreuil chez Robert Jean Baptiste Taillepré, secrétaire du roi, seigneur du fief de Montreau, résidant à Paris, faubourg Saint Antoine. Le château de Montreau est une grande demeure rectangulaire composée d‘un corps principal et de deux pavillons. Les façades offrent une alternance de colonnes cannelées, ses élégantes toitures sont couvertes d’ardoises et garnies de hautes cheminées. Le domaine compte aussi d’importantes écuries et un parc de cent hectares, l’allée que j’emprunte pour aller au château est plantée d’ormes majestueux. Le sieur Taillepré en habit gris et perruque est assis près d’une grande cheminée de marbre grenat dans le salon immense où il nous reçoit. Les murs sont décorés de boiseries, le sol est recouvert de plusieurs tapis de Perse. Ça et là sont disposés des fauteuils recouverts de tapisserie rouge et de tapisserie de Bergame à oiseaux, des guéridons et des coffres en chêne, sur chaque coffre se trouve un chandelier en étain. Il s’agit de libérer un certain Guillaume Le moiré, grenadier royal du régiment de l’Ile de France et résidant à Bagnolet qui a été constitué prisonnier en prison de Bagnolet puis transféré au Châtelet de Paris. Ce désistement de plainte permettra de lever l’emprisonnement et d’élargir et mettre en liberté ledit Le moiré, il sera biffé et rayé des registres de la dite prison.

Les geôles sont des lieux horribles. C’est une vie pitoyable qui attend les prisonniers réduits au pain et à l’eau, en butte à la vermine et aux vexations des geôliers. A la prison du Grand Châtelet, comme dans d’autres prisons, il y a plusieurs niveaux de conforts. Certains prisonniers sont enfermés dans des cachots qui ressemblent à des tombeaux et qui ne laissent filtrer qu’une faible apparence de lumière, les autres s’entassent dans la salle commune où les excès les plus infâmes s’y commettent. Les philosophes s’élèvent contre ces conditions inhumaines de détention sachant que ces prisonniers ne sont souvent que de simples mauvais sujets coupables de rixes, d’ivrognerie, d’indécence ou de calomnies, comme le dit Le moiré. Aucun ne s’y trouve pour avoir été convaincu de crimes atroces devant un tribunal.

La plainte datait du 18 du présent mois, c’est le sieur Nicolas Viemot, commandant de la maréchaussée à Montreuil qui l’avait enregistré. La lecture de la plainte me permet d’en apprendre un peu plus. Guillaume Le moiré a injurié le sieur Taillepré, sur le chemin près du parc de la seigneurie le long du chemin de Montreau , l’appelant vieux bougre de chien, bougre de putain, sacré mil Dieu de matin et autres injures des plus infâmes , lui reprochant d’avoir été pendu en effigie et lui disant qu’il y avait plus d’honneur sous son bonnet que sous celui du sieur Taillepré car le sieur Taillepré l‘avait accusé à tort de braconner sur ses terres. C’est sur les instances du Révérend Pierre Devin, prêtre chanoine de l’église Notre Dame des Vertus à Bagnolet que le sieur Taillepré a consenti à se désister. Le révérand père l’a supplié d’avoir la charité de mettre tout en œuvre à l’effet d’apaiser les poursuites criminelles dont le dit Le moiré était menacé. Le sieur Taillepré n’est guère populaire dans la région, on redoute son influence mais on le dit bête et jaloux du comte de Sourdis qui est le principal seigneur de Montreuil. Il défend aussi âprement son pouvoir contre les représentants des autres seigneuries, comme Tillemont proche de Montreau, propriété de François-Jacques Chaulx de Biercourt, écuyer et secrétaire de la reine ou la ferme St Antoine propriété de l’abbaye royale de St Antoine.

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Commentaires

Il y avait longtemps que je n'avais pas eu le plaisir de lire les aventures de Nicolas Boyer, et je suis toujours autant épatée par la minutie des détails historiques (oui je sais c'est ton métier mais kanmême ;) ) et de ta capacité à faire surgir toutes ces images...

Écrit par : euqinorev | mardi, 18 septembre 2007

Oui, je suis d'accord avec Euqinorev, une précision et un travail de recherche incroyable.
Continue Enriqueta à nous décrire cette vie passée, que l'on a parfois découvert au travers des livres mais dont on a oublié la dureté.
@Bientôt

Écrit par : cassandrali | mardi, 18 septembre 2007

La pire des prisons de l'époque reste la Bastille, n'est-ce pas ?

Écrit par : Stephane | mardi, 18 septembre 2007

C'est toujours un plaisir de retrouver Nicolas :-)
bonne soirée
Stéphanie

Écrit par : stéphanie | mardi, 18 septembre 2007

Stéphane, je ne crois pas que la Bastille soit pire que les autres et, de mémoire, je crois qu'elle était plutôt prison pour les nobles ou bourgeois riches. Les délinquants et criminels "ordinaires" sont toujours envoyés au Grand Châtelet ou dans une prison de banlieue.

Écrit par : enriqueta | mardi, 18 septembre 2007

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