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dimanche, 21 octobre 2007

Moi, Nicolas Boytier (17)

L’affaire qui m’occupe du 18 au 26 mars n’est pas banale, et ce à plusieurs titres, et tout d’abord car il s’agit d’un collègue, maître Laurent Pinson, notaire et tabellion de la prévôté de Nogent sur Marne, il s’agit de violences et voies de fait exercés sur son épouse Marie Catherine Roger. Maître Pinson prend la parole d’une voix rugueuse et puissante, c’est un homme de haute et forte stature qui me considère avec indulgence de ses yeux gris. Il porte un habit bleu sombre, le visage est tanné et marqué de rides profondes. Je sais que mon père a beaucoup d’estime pour cet homme qui a toujours été un esprit conciliant, fécond en ressources pour apaiser les dissensions. Le mercredi 18 mars vers les 7 heures et demi du matin, la dite Marie Catherine était occupée à coudre dans la rue proche sa demeure, attenant le mur de la cour de la maison de Patrice Jacques Gareau, jardinier-vigneron, et gardant de jeunes canards qui étaient à se baigner dans un petit batardeau. Le dit Gareau est sorti de chez lui ayant à la main un outil de fer monté de bois appelé ratissoire et a cherché querelle à ladite Marie Catherine lui disant : « va-t-en tu, salope », elle lui répondit : « si vous commencez, je finirai » et lui fit observer que ce n’était point devant sa porte et que les bourgeois et autres personnes ne s’en plaignaient pas. Gareau a alors voulu défaire le batardeau de la dite femme Roger qui a voulu l’en empêcher en lui conseillant d’aller à son travail mais ledit Gareau a levé son outil, l’en a frappé avec violence de la ratissoire, en a déchargé un coup sur la tête qui a porté sur la joue gauche et a fait une plaie très profonde qui lui a divisé les muscles de manière que sa joue retombe sur la mâchoire inférieure et a mis à découvert l’os de la pommette de la joue découvrant les dents par le vide de la plaie. Et du même coup porté avec violence la dite femme Roger a été frappée sur l’avant bras ou elle a reçu une autre plaie d’environ un pouce qui divise le cuir peaussier et une partie des muscles. Le dit Gareau voyant couler le sang avec abondance a alors pris la fuite. Lorsque le rapport en chirurgie a été effectué, le lendemain, par Jean Claude Contamine, chirurgien juré , la pauvre femme souffrait beaucoup, ayant un violent mal de tête et de la fièvre. Le dit Gareau a été ajourné à comparaître à la chambre criminelle pour y subir un interrogatoire. La scène s’est déroulée devant plusieurs témoins dont les témoignages ont été enregistrés à la chambre du conseil de la prévôté : François Auger, garçon jardinier chez Monsieur de Valsary, âgé de 22 ans, qui était à travailler à palisser des arbres le long des murs du jardin qui donne au bout de la rue ou demeurent les plaignants, Louis François Coutier, prêtre du diocèse de Paris, vicaire de la paroisse dudit Nogent, âgé de 30 ans, qui était dans son jardin à se promener et qui l‘a aidé à rentrer chez elle et lui a administré les premiers secours jusqu‘à ce que le chirurgien soit arrivé et Jean Claude Rouyer, cocher de Monsieur de Valsary, 31 ans, qui était à la croisée de sa chambre qui donne sur la rue ou demeurent les plaignants. Ce monsieur de Valsary est un bourgeois qui réside à Paris, faubourg Saint-Antoine, paroisse Ste Marguerite et qui possède une maison de campagne à Nogent. Bien que l’affaire soit grave maître Pinson a accepté de se désister, Patrice Jacques Gareau se repentant sincèrement des excès et violences exercées sur Marie Catherine Roger, dont la santé s’améliore. Il désavoue les mouvements de colère qui l’ont animé mal à propos contre elle et promet traiter désormais avec elle et son mari ainsi que doivent faire de bons voisins entre eux. A charge pour lui de rembourser tous les frais de justice et de médicaments qui s’élèvent à plus de trois cent livres, ce qu’il a déjà payé pour moitié en écus d’argent. Je n’aime guère le profil fuyant de ce Gareau accentué par un nez osseux et busqué.

Je pense à cette pauvre Marie Catherine qui souffre énormément et qui portera sur son visage une balafre pour le restant de son existence. Devant la mansuétude de mon collègue j’imagine quelle aurait été ma réaction si un rustre de cet espèce avait attaqué ma femme… pour réaliser soudain que dans cette toute hypothétique situation je me suis imaginé marié à Marie Anne Blondeau dont le charmant visage ne cesse de m’accompagner depuis notre dernière rencontre. L’idée que quelque un puisse lui vouloir du mal m’a échauffé l’esprit plus que de raison, je me gourmande : où donc me conduit cette exaltation soudaine? Je n’ai rien éprouvé de semblable depuis bien longtemps!

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Le pays de Montreuil consiste principalement en vignes et en arbres fruitiers qui en font le plus grand revenu. Montreuil tient sa renommée d’une de ces cultures fruitières, la pêche, ce qui lui vaut d’être appelée Montreuil les pêches. Les arbres fruitiers sont fixés aux murs à espaliers des jardins qui morcellent le terroir de façon très particulière. Tous les jardins sont ainsi coupés de murailles de plâtre exposées au midi. Ces murs retiennent la chaleur du jour et la restitue la nuit favorisant ainsi la croissance de ce fruit dont je suis particulièrement friand. Le terroir est divisé en deux parties distinctes, d’une part celle des cultures fruitières et des petites parcelles sur les coteaux et dans la combe où se développe le village. D’autre part celles des cultures en champs ouverts qui couvrent la totalité du plateau, là se trouvent les fermes importantes : Saint Antoine, La Boissière et les châteaux : Tilmont, Montreau. Au printemps les vignerons et jardiniers s’affairent, il faut préparer les échalas pour les vignes, ramasser les engrais et les sarments jetés qui deviennent des fagots pour le chauffage et la cuisine, sarcler les blés, éliminer les herbes parasites, biner les sols, faucher les luzernes et les sainfoins, semer les orges…C’est l’époque des labours, des tailles vigneronnes et arboricoles.

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Commentaires

Merci pour ce voyage dans le temps, tout en améliorant ma culture personnelle : je ne savais pas que la pêche était cultivée ainsi et surtout dans cette région.

Écrit par : cassandrali | lundi, 22 octobre 2007

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