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vendredi, 09 novembre 2007

Moi, Nicolas Boytier (19)

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« La pluie, le jour de Saint Robert, de bon vin remplira ton verre »

 

En ce samedi 30 Avril comparaissent en mon étude Jean Darenne, jardinier à Montreuil, sa femme Claudine Vitry et Nicolas Chaudron, collecteur de taille résidant à Paris, il s’agit d’une réparation d’honneur. Jean Darenne, un homme de taille moyenne et très maigre, a débité dans le monde plusieurs paroles injurieuses contre le dit Nicolas Chaudron, le traitant de fripon, coquin et scélérat pour raison qu’il était allé nuitamment conter plusieurs galanteries à Claudine Vitry sa femme, lui promettant de lui donner un lapin si elle consentait de satisfaire ses ardeurs. Les dits Darenne déclarent que c’est mal à propos qu’ils ont accusé le sieur Chaudron et qu’ils le reconnaissent pour honnête homme et que les démarches qu’il a fait envers la dite Vitry n’ont été qu’en vu de lui rendre service. C’est une bien belle comédie que l’on me joue là au nom de la réputation et de l’honneur! Où bien la femme Darenne a raconté des boniments à son mari pour nuire au sieur Chaudron ou bien le dit Chaudron a convaincu le couple de se taire! Je pencherai plutôt pour la deuxième hypothèse en regardant le visage poupin du dit Chaudron, son nez fort et coloré, ses joues couperosées pendant autour d‘une bouche gourmande et son regard fuyant. J’entends Antoine souffler d’exaspération pendant qu’il prend des notes, je sais qu’il partage mon indignation. Il est vrai que le printemps réveille bien des ardeurs! Ainsi dans la nuit du 31 Avril au 1er Mai les jeunes gens mettent des bouquets de fleurs à la porte des jeunes filles. A celles qui ne sont pas vertueuses où que l’on suppose telle, ils mettent des légumes. Cette nuit là je m’en fut déposer discrètement un bouquet de pensées devant la porte de Marie Anne, dans lequel j’avais dissimulé une carte à jouer, un as de cœur, sur lequel était écrit non pas mon nom pour éviter tout scandale mais quelques mots comme jetés au hasard parmi lesquels notaire et la date de notre rencontre le 26 Octobre. Le lendemain à l’office j’eu le plaisir de constater qu’elle portait une pensée sur son foulard de col en dentelles, j’étais comme ivre de joie devant cette preuve qui me laissait espérer avoir gagné son coeur.

 

Commentaires

Joli jeu du chat et de la souris entre nos deux tourtereaux... Du romantisme, de la tendresse... Quel époque pour les amours.

Écrit par : cassandrali | vendredi, 09 novembre 2007

C'est marrant parce que, de nos jours, "fripon" ou "coquin", ce serait plutôt de l'ordre des mots doux (en revanche, "scélérat" reste assez méprisant)... Oui en termes d'insultes, de nos jours, j'ai comme l'impression qu'on fait moins dans la dentelle ;)

Ce que j'aime bien aussi dans "Nicolas Boytier", ce sont ces petites descriptions physiques qui en quelques traits dépeignent les protagonistes de chaque affaire. Comme là : "ses joues couperosées pendant autour d‘une bouche gourmande et son regard fuyant"... Tout de suite ça leur donne visage humain, en même temps que ça peut nous renseigner davantage sur eux qu'avec quelques précisions plus psychologiques...

Écrit par : nico | dimanche, 11 novembre 2007

je n'accroche pas toujours à "Moi, N. Boytier" mais ce texte là m'a bien plu. Et je suis d'accord avec Nico, tu as l'art de rendre tes personnages "imagés" en quelques phrases.

Écrit par : captaine lili | lundi, 12 novembre 2007

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