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samedi, 17 novembre 2007

Christian Oster

« Un jour, sur un quai, un homme de taille moyenne tenait à la main un sac très lourd. Cet homme, c’était moi, mais ce n’était pas mon sac. C’était celui d’une femme. Et ce sac était lourd parce qu’il contenait des livres. »

« Un peu de la même façon, elle portait des lunettes, avec une sorte de gêne. Comme si ces lunettes l’eussent empêchée de voir, ou qu’elle eût cherché, à travers, à saisir quelque chose d’abstrait, ou d’idéal, qui eût été en rapport avec le monde et qui n’eût pas été le monde. Quelque chose comme le monde, donc, mais en mieux. Elle devait être myope ou idéaliste, cette femme, ou peut-être les deux, je n’ai pas essayé de trancher. »

« Or c’était son effort, moi, c’était sa gêne, aussi, par rapport au monde qui m’attirait. Et peut-être, me pris-je à espérer, que sa gêne, elle, au moins, n’est pas transitoire. Qu’elle est mal dans sa peau, pour dire les choses vite. Parcequ’elle cherche quelque chose qu’elle ne trouve pas, par exemple. Quoi donc? Me disais-je. A part l’amour, je ne voyais pas. »

« Ma voisine, me disais-je, est peut-être, elle, idéalement mal. Juste ce qu’il faut, pour moi. Avec un manque qu’un homme comme moi, assez mal aussi, soit susceptible de combler. Au-delà, ce n’est peut-être plus un homme, qu’il lui faudrait. C’est un médecin. »

« J’ai senti le bonheur passer, chez moi, comme un oiseau rare, une espèce rapide, qu’on a peine à identifier, parce qu’il file au loin et ne se pose pas. »

« Vous ne lisiez pas? (…)

C’est la vie qui m’intéresse, pas les livres. (…)

Les livres parlent de la vie, a-t-elle expliqué. (…)

Je m’alourdis.

Je ne me sens pas lourd, moi. C’est tout le contraire. Je m’allège. Je perds tout, depuis longtemps. Je me déleste. Je désapprends Et à force que rien ne se passe, c’est comme si chaque fois tout devenait possible. »

« J’avais aussi son visage dans le mien, je me suis un peu reculé, pas trop, pour la voir, j’avais besoin de ses yeux. Et qu’elle sache ce que je lui faisais, qu’elle le voie dans mon regard. Et qu’elle voie aussi l’amour. Que c’était à la fois la même chose, rencontrer son regard et l’aimer, et la caresser, et en même temps non. »

« ça été moins tranquille ensuite, parce que je me suis aperçu que je l’aimais vraiment. Et même que je la désirais encore. Ça me soûlait un peu, cette idée que ça allait être sans fin, avec cette femme. Et qu’elle se laisserait porter, maintenant, et que je ne doutais pas que je la porterais. Je me sentais lourd de son poids, agréablement lourd, avec cette sensation, nouvelle pour moi, que je touchais le sol. Que la pesanteur, l’attraction universelle enfin prenait à mes yeux sens, attiré que j’étais en réalité par elle, lesté que j’étais par l’amour. »

« je ne lis pas beaucoup, moi, je n’écris pas, je suis quelque un dans la foule, tu le sais, alors si ça te gêne c’est maintenant que tu me le dis et je pars, je ne supporterai plus ton mépris, je ne veux pas de ton amitié, je ne supporterai que ton amour, il va falloir que tu m’aimes, c’est la condition pour que je reste. »

« Que ça lui vienne aux lèvres (-dire je t’aime-), et même assez souvent, parce que de ne pas dire ça finit par s’éteindre, ou plutôt c’est déjà fini quand le mot manque, quand il n’est plus assez grand pour sortir seul, vêtu de son habit sonore, dansant d’une bouche à l’autre . »

 

« Dans le train »

Commentaires

Rhaaaaaa merci, je vais acheter tous ses bouquins ! Dis moi, tu as combien de blogs ? (ne me réponds pas ici, je ne suis pas sûre de penser à repasser bientôt sur ton blog)

Écrit par : Loïs de Murphy | mardi, 29 janvier 2008

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