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dimanche, 25 novembre 2007

Moi, Nicolas Boytier (24)

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 C’est une nouvelle querelle de groupe que j’entends en ce mercredi 26 juin. C’est à l’occasion du tirage au sort de la milice, dimanche dernier à Fontenay que se sont battu environ trente garçons, ceux de Nogent et ceux de Vincennes contre les garçons de Fontenay. Chaque paroisse doit fournir des hommes célibataires âgés de vingt à quarante ans pour servir deux ans dans la milice. Je suis bien heureux d’en être exempté de par ma fonction car c’est un sort bien misérable qui attend le jeune homme qui a eu le malheur d’être tiré au sort. Ils doivent quitter leur village en laissant des femmes qui pleurent le départ d’un fils ou d’un frère, on les transforme en soldat en leur donnant un uniforme puant qui a sans doute été celui d’un mort de la guerre précédente et un havresac trop lourd qui tire le dos et scie les épaules. Et puis il faut marcher pendant des jours et des jours, dans le froid et la boue de l’hiver, souffrant de faim et de soif jusqu’à ce que les galoches partent en morceaux et que les pieds soient en sang. La peur, le chagrin et le mal du pays tuent l’espérance. Et puis le pire : les champs de bataille : les clairons, la peur de mourir, le sang des camarades fauchés à côté de soi, la douleur, les cris, les hennissements, les hurlements, les lamentations des blessés, les râles des mourants et souvent au bout de l’horreur, l’invalidité. Le soldat est alors abandonné sans secours, réduit à la misère jusqu’à la fin de sa vie. Trois des trente garçons ont été mis en prison à la clameur publique, en prison de Fontenay, deux de Nogent  Roch Milcent et Gilles Girard et un de Vincennes, Jean Baptiste Claude Bouillet, tous trois vignerons, écroués à la requête du procureur fiscal de Fontenay d’après l’interrogatoire qu’ils ont subi. C’est Louis Périchard, vigneron, syndic des habitants de Fontenay qui vient se désister pour faire libérer les trois garçons, qu’un séjour de quelques jours en prison aura certainement calmé, leurs noms seront rayés et biffés des registres de la geôle pour le repos des habitants des dits lieux de façon à ce qu’ils vivent en paix. Je connais bien ce Louis Périchard que je rencontre à l’assemblée des habitants, la Fabrique avec les autres notables de la paroisse. Depuis quelques années c’est moi qui y remplace mon père qui se trouve trop fatigué pour ces longues réunions auxquelles il a participé assidûment pendant près de trente ans. C’est grâce à l’acharnement de ce Louis Périchard que la Fabrique a obtenu du roi de faire paver le chemin de Paris et c’est pourquoi c’est lui désormais qui préside notre assemblée. L’été est la saison la plus intense dans nos campagnes. Il faut traiter la vigne au souffre. C’est l’époque des moissons, il faut battre dans la grange le blé et les autres grains, les vanner et les cribler.
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Aujourd’hui jeudi 27 Juin c’est mon contrat de mariage que je viens de signer. Les noces sont fixées au mois d’Octobre de l‘année prochaine, après les vendanges. Je lui ais offert en gage une croix en or, un cœur et des boucles en argent. Nous aurons de courtes fiançailles (moins d‘un an et demi), ce qui n’est guère habituel, mais Marie Anne ayant déjà été fiancée sa mère a consenti cette entorse à la tradition. Il est possible aussi qu’effrayée par les premières fiançailles elle agisse ainsi pour ne pas risquer à nouveau une rupture. Peu importe ses raisons puisqu’elles servent ma cause, je vais  avoir 31 ans le 30 Août et il me tardait de me marier, c’est aussi le sentiment de Marie Anne qui a eu 26 ans le 16 Décembre. Il me plaît d’évoquer avec Marie Anne le jour de nos noces. Antoine sera mon témoin et tout le voisinage sera invité. On rôtira un bœuf, un veau et un mouton, on dansera sous les arbres jusqu’à minuit.

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Commentaires

Les fiancailles étaient longues il y a encore 30 ans, maintenant on fait vite....

Écrit par : elisabeth | lundi, 26 novembre 2007

Parce qu'on se fiance encore ??? ;-))
Non, on vit ensemble... & ça passe ou ça casse maintenant de nos jours...
Allez, j'vais lire le dernier publié !

Écrit par : cassandrali | lundi, 26 novembre 2007

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