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samedi, 15 janvier 2011

La vieille dame de Saint-Gratien (2)

Dans cette église Louise se sentait chez elle, elle en connaissait chaque recoin, chaque vitrail, le vieil autel et l’ancienne chaire en cèdre du Liban, le tombeau du maréchal Catinat, hôte illustre de cette petite ville, l’orgue séculaire, l’antique baptistère…Chaque messe était pour elle un voyage dans le temps où elle communiait avec l’histoire de cette église, liée à la l’Histoire de France et à son histoire personnelle. Elle avait toujours aimé l’histoire, elle avait même failli devenir professeur d’Histoire mais, aimant trop l’action elle était finalement devenue journaliste reporter, et ce métier avait occupé 35 années de son existence. Comme elle avait du mal à voir et à entendre les officiants, elle laissait souvent son esprit vagabonder après ses souvenirs sans en éprouver la moindre honte car elle savait que Dieu la connaissait telle qu’elle était et qu’elle n’avait donc rien à cacher. Pendant sa vie elle avait souvent douté de l’existence de Dieu mais elle avait finit par opter pour le oui, mais son Dieu ne ressemblait pas tout à fait à celui du curé, le sien était plus tolérant et avait le sens de l‘humour. Elle n’avait pas besoin de suivre l’intégralité de la messe pour repérer les moments essentiels, comme celui de l’eucharistie et puis elle n’avait pas besoin d’être à l’église pour méditer et prier, d’ailleurs elle avait toujours l’impression de sentir la présence de Dieu à ses côtés. Elle n’avait jamais été adepte de la confession à un prêtre et continuait à demander directement son pardon à Dieu bien qu’elle ne commette plus autant de pêchés qu’avant. Elle était délivrée depuis longtemps des pêchés de la chair qui avait été, de loin, sa plus grande tentation et elle ne regrettait absolument pas d’y avoir souvent cédé. Son second grand pêché avait été la gourmandise et celui-ci la tenait encore considérablement, au grand dam de son médecin, le jeune docteur Chardin, à qui elle faisait « perdre son latin ».

La messe achevée Louise traversa la nef, descendit les marches du perron, traversa avec précaution la place de l’église et entra dans son immeuble puis dans son appartement, elle était encore une bonne marcheuse pour ses 84 ans mais elle avait du arrêter la randonnée pédestre qu‘elle avait pratiqué pendant 40 ans. Elle y vivait seule pendant les vacances scolaires mais le reste de l’année elle avait la compagnie de deux étudiantes à qui elle louait une chambre. Elle aurait pu passer ce repas de Noël en compagnie de nombreuses personnes, que se soit les autres bénévoles de l’association « Artisans du Monde » où elle travaillait depuis 20 ans ou les membres de son club d’échecs, de nombreuses personnes l’avaient invité mais elle avait décliné leur offre car elle préférait passer Noël « en famille ». Ce que Louise ne disait à personne, pour ne pas être enfermée dans un asile, c’est qu’elle recevait régulièrement la visite de « ses chers fantômes ». Tout ceux qu’elle avait profondément aimé et qui l’avaient chéri en retour étaient morts avant elle mais leur fantôme venait souvent lui rendre visite. Il y avait son fils Vivien qui était pompier, mort en héros en sauvant la vie de trois personnes dont deux enfants, ses parents Manuel et Jeanne, ses  deux sœurs Solange et Olympe, son frère Daniel, sa meilleure amie Géraldine qu‘elle avait rencontré en classe de CP, son ex-mari Philippe, son compagnon Bertrand…quelques autres, des cousins, des amis venaient aussi à l’occasion.  C’était tous de parfaits compagnons,  doux, souriants et à la conversation apaisante, grâce à eux elle ne se sentait  jamais triste.

 

Commentaires

Bonjour Enriqueta... Charmante vieille dame de 84 ans pour laquelle j'ai de la sympathie, elle a raison, ils duraient qu'elle la perd.... Parler avec" ses" morts" une façon d'exister dans la solitude.... Bises de Jill qui a aimé sa lecture 2

Écrit par : jill bill | samedi, 15 janvier 2011

Beaucoup d'idées dans ton récit intéressant. (Ma mère a eu 83 ans et je ne peux éviter de penser à elle). A cet âge, forcément, on a perdu pas mal d'amis plus jeunes ou plus âgés. C'est normal qu'on ait tant de souvenirs. Mais ton écriture est captivante. Bon week end.

Écrit par : elisabeth | samedi, 15 janvier 2011

Vivre avec ces souvenirs et ceux qui les ont habités c'est combler le vide que la vieillesse apporte. Très intéressant récit.

Écrit par : Solange | samedi, 15 janvier 2011

Emue de cette lecture...Vieillir est-ce ne plus vivre que dans les souvenirs ?
Merci pour cette histoire qui sera un jour la notre...
Bisous

Écrit par : marlou | dimanche, 16 janvier 2011

Non vieillir n'est pas vivre dans ses souvenirs, mais la boite à images permait de vois souvent le visage de ceux qu'on aimait.

Bises et merci pour cette lecture.

Écrit par : patriarch | dimanche, 16 janvier 2011

A samedi prochain pour connaitre la suite...

Écrit par : écureuil bleu | dimanche, 16 janvier 2011

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