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samedi, 22 janvier 2011

La vieille dame de Saint-Gratien (3)

 

Ils étaient tous là ce soir pour ce réveillon de Noël. Elle pris son traditionnel repas (huîtres, dinde, bûche et un verre de Champagne) en leur compagnie en écoutant les chants de Noël qu’elle écoutait enfant, ceux chantés par Tino Rossi :    « c’est la belle nuit de Noël, la neige étend son manteau blanc, et les yeux levés vers le ciel, à genoux les petits enfants, avant de fermer les paupières, font une dernière prière… », « trois anges sont venus ce soir m’apporter de bien belles choses, l’un deux avait un encensoir… »… Elle se revit enfant de cinq ans impatiente, harcelant tous les jours sa mère pour savoir quand aurait lieu Noël et sa mère fatiguée lui répondant :   «  Noël sera là quand il neigera! », et sa surprise le lendemain, en découvrant qu’  il neigeait, c’était le 24 décembre 1923…N’etait-ce pas de la neige qu’elle aperçut soudain par sa fenêtre? Alors elle s’installa dans son fauteuil face à la fenêtre, éteignit la lumière et regarda sa ville se parer d’un magnifique manteau blanc qui scintillait, son chat Nestor était venu se pelotonner sur ses genoux, pendant qu’elle se revoyait enfant confectionnant un « bonhomme de neige » avec son frère, lançant des boules de neige sur ses sœurs puis courant se réfugier au chaud dans la cuisine, accueillie par le doux sourire de sa mère et la bonne odeur des mandarines. En hiver, sa mère mettait toujours des écorces de mandarine sur le poêle à charbon pour parfumer la cuisine. Nestor ronronnait encore plus fort que de son vivant, de tous les animaux qui l’avaient accompagné pendant sa longue vie, il  était son préféré.

La vieille dame passa ainsi une merveilleuse nuit de Noël en compagnie de ceux qu’elle aimait et elle s’endormit le sourire aux lèvres,  car cette nuit, Dieu avait décidé d’exaucer sa prière…

La vieille dame avait souhaité très fort retrouver tous les humains qu’elle avait aimé (mais pas seulement en « esprit » de fantôme, aussi avec leur corps pour pouvoir les toucher, les serrer sur son cœur) et Dieu avait décidé de l’exaucer car Dieu exauce parfois les vœux des très vieilles dames et des tous petits enfants bien que Dieu ait une façon tout à fait particulière de répondre aux souhaits prononcés par ses créatures…

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Louise se dit qu’elle allait mourir ici, au pied de cette dune de sable rouge, elle s’installa à l’ombre d’un arbre improbable qui avait réussi à pousser solitaire en dépit de l’extrême aridité. Elle regarda une dernière fois sa 2CV immobilisée sur la piste, bu la dernière gorgée d’eau restant dans sa gourde et contempla l’horizon en pensant à son mari qui l’attendait à Poitiers. Ce reportage dans le Sahara mauritanien serait donc le dernier de sa carrière, elle regrettait de devoir mourir si jeune mais n’avait pas à rougir de ces 35 années écoulées. Elle avait eu la chance de réaliser tous ses rêves, d’assouvir ses deux passions. Elle était devenue la femme de Philippe et reporter international. Elle trouvait juste de devoir à présent payer l’addition. Résignée à mourir elle jouissait de ce silence aride avec tous ses sens : ses mains faisaient s’écouler lentement entre ses doigts le sable doux de la dune, sa bouche gardait le goût du sucre de la datte qui avait été son unique repas du jour, l’air lui apportait les discrètes effluves marines de l’Atlantique qui se trouvait à quelques battements d’ailes, elle se laissait bercer par le chant d’un tout petit oiseau solitaire en laissant errer son regard sur les dunes alentour qui rougeoyaient au soleil couchant… Elle cru à un mirage en voyant arriver un dromadaire surmonté d’un homme du désert dont seul le ténébreux regard se laissait apercevoir, le reste étant dissimulé sous un chech et de multiples vêtements de toile bleue. Elle cru que c’était un Touareg, elle s’évanouit au moment où il l’a pris dans ses bras et ne repris connaissance que bien plus tard à l’abri dans sa tente, confortablement installée sur de rugueux tapis qui jonchaient le sol et qui lui parurent le summum du confort, après ces trois jours passés à dormir dans sa voiture. Désaltérée, ravitaillée, elle s’endormit rapidement sans avoir échangé un seul mot avec son sauveur.

 

 

Commentaires

Je t'ai lu avec beaucoup de plaisir enriqueta.
Deux histoires qui semblent différentes mais si proches en fait.... Cela me donne envie de lire les 1 et 2. Je n'aime pas Noël parce que c'est à ce moment la que les souvenirs anciens remontent et que ceux qui ne sont plus vous manquent. Je n'aime pas les déserts non plus, une véritable phobie....

Je viens de publier un nouvel écrit qur quai des rimes.
Tu m'a demandé les coordonnées de mon autre blog où je publie tous les jours, les voici : http://www.cergyrama.com

Écrit par : Eglantine | samedi, 22 janvier 2011

Tu sais accorcher le lecteur, on veut connaître la suite. Les écorces d'oranges dans le feu me rappellent mon enfance également. Merci pour tes écrits enchanteurs. Bon week end.

Écrit par : elisabeth | samedi, 22 janvier 2011

C'est du ressenti tellement fort que les larmes sont proches...
Bisous et bon dimanche...

Écrit par : marlou | dimanche, 23 janvier 2011

On se laisse emporter facilement dans cette histoire très intéressant à lire.

Écrit par : Solange | mardi, 25 janvier 2011

Bonjour Enriqueta, je suis ton histoire avec intérêt et à samedi sans faute... Clin d'oeil de jill

Écrit par : jill bill | mardi, 25 janvier 2011

C'est une belle histoite et j'attend la suite pour comprendre le lien entre les deux femmes. Bonne soirée et bisous

Écrit par : écureuil bleu | jeudi, 27 janvier 2011

Les commentaires sont fermés.