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dimanche, 11 septembre 2011

"Je pars" et "Partir" de Lomi Lomi

Je pars,


Je fus une enfant aimée,
Sûrement,
Mal aimée certainement.

Je fus une femme aimée,
Sûrement,
Mal aimée certainement.

Je fus une mère aimée,
Clairement,
Mal comprise assurément.

Je me suis aimée,
Certes,
Mal aimée certainement.


La vie va,
Je m'y suis étourdie,
Je m'y suis ennuyée,
J'ai beaucoup pleuré,
beaucoup ri,
Aussi.
Viva la vie,
La vie va.

La vie va
Là ou je ne veux pas.
Peau de chagrin qui s'appesantit,
Velin de soie qui se réduit.

Tu vas vivre encore de belles choses!
Me dit-on.
Mais valent-elles vraiment
Face à la quiétude du néant?
Trop lâche pour m'y jeter,
Trop peur de m'y abandonner.

Alors partir,
Ne plus revenir.
Faire fi de votre inquiétude,
Fuir votre chagrin,
Que je saurai ne pas être feints,
Amère revanche de votre fuite,
De votre cécité à mon encontre.
Ne donner aucune réponse à votre questionnement,
Trop tardif,
Trop tout,
Tellement si.
Tellement tant.

A toi l'homme,
Scotché à ton travail,
Toujours portant beau,
Hahaha,
Rires aux uns,
Hahaha,
Rires aux autres,
Hahaha.
La porte de la maison se referme,
Le ballon se dégonfle.
Pfffffffft.
Le maître du jeu coupe les ficelles du pantin.
Il s'effondre alors.
Il râle,
Il rage,
Il s'essouffle,
Il souffle,
Ses ronflements mêmes
Ne sont que soupirs.
La vie va
Là ou je ne veux pas.
Peau de chagrin qui s'appesantit,
Velin de soie qui se réduit.


Je regarde derrière moi,
Je regarde devant moi,
Qu'y vois-je sinon moi?
Qu'une coquille vide de vie
Qu'une écale pleine de sens incompris
Q'une mue pleine de rêves inassouvis,
Qu'une exuvie de papier cigarette
Trop facilement inflammable.

Cendres de vie,
Qui par une douce risée
S'envoleront sans laisser de traces.
Pfffffffffft.

Boniche pas même troussée,
Meuble pas même ciré,
Argenterie pas même protégée,
Je suis tout et rien à la fois.
Je fus une femme aimée,
Sûrement,
Mal aimée certainement.

Femme,
Fière d'être
Détestant l'être.
Femme,
Fière d'elle
Détestant l'elle.
Méandres de mon coeur
Obscurs tréfonds
Qui m'enlisent dans le déni
De ce que je suis.
Je regarde derrière moi,
Je regarde devant moi,
Qu'y vois-je sinon moi?
Qu'une coquille vide de vie
Qu'une écale pleine de sens incompris
Q'une mue pleine de rêves inassouvis.

Rêve inassouvi,
Rêve d'exellence
Jamais atteint.
Etrange être me voilà.
Je sais ce que je vaux,
Je sais ce que je ne suis pas.
Femme,
Fière d'être
Détestant l'être.
Femme,
Fière d'elle
Détestant l'elle.

Enfant nourrie de clichés,
Femme à marier,
Femme au foyer.
Enfant révoltée
Qui jamais n'a dessiné
De charmant prince dans sa vie.
Femme prise au piège,
Femme effacée,
Femme comme il faut.
Il faut que,
Y'a quà faire,
Y'a qu'à dire,
Jacques a dit.
Femme a dit c'la suffit.

Enfant aimée,
Sûrement,
Mal aimée certainement.
Assez mal aimée
Pour trop aimer son image rêvée,
Assez mal aimée
Pour trop repousser son Elle à elle.


Alors partir
Pour ne plus revenir.
Et retrouver son Elle à elle.
Cligner des yeux
Entrevoir au loin son rêve.
Ne jamais l'atteindre,
Mais au moins lui dire Adieu,
Enfin.

Alors partir
Pour ne plus revenir.
Et retrouver son Elle à elle.
Cligner des yeux
Entrevoir au loin son rêve.
Ne jamais l'atteindre,
Mais au moins lui dire merci.

Ce n'est pas rien.

 

 Lomi Lomi

 

 

 Partir


Dieu comme la valise est lourde,
Lourde de moi.
Je m'y suis pliée,
Mon âme y est compressée,
Mes souvenirs s'y étalent
Y prennent toute la place.

Partir ne plus revenir
Oublier.
Et je m'accroche à eux,
Ma bouée,
Ma planche de salut,
Mes sourires,
Mes rires,
Mes langueurs.
Témoins de mon incohérence
Ils me font douter.

Ziiiiiiiiip.
Je glisse la fermeture éclair,
Vite fermer.
Clic.
Bruit sec du cadenas
Qui m'extirpe du doute.

Ne pas se retourner.
Fermer la porte à clef.
Clef dans la poche.
Terrible habitude.
Je reviens sur mes pas,
Hésite face à la boite aux lettres.
Geste décisif qui scelle la page qui tourne.
Laisser un mot?
Non.
Plus le temps,
Pas le temps,
Pas envie,

Si,
Envie,
Celle de faire souffrir l'autre.

Je me sens sale,
Je n'aime pas Elle,
Femme charnière
Femme en devenir
Femme vile.
Je n'aime pas celle là.

Là,
A mes pieds ,
Des feuilles d'arbre.
Cordiformes dit-on.
Gingko Biloba je crois.
Ginko biloba:
Arbre millénaire,
D'or pour le sang,
D'argent pour la mémoire.
Ai-je besoin de vivre si longtemps?
Ai-je besoin d'aviver mes souvenirs?
Quel signe y voir.
Je prends quelques feuilles,
Six je crois,
Six comme ma famille restreinte,
Je les tresse,
Les entremêle,
En déchire une en son milieu.
Coeur brisé qui s'effondre.
Dans la boite
Je glisse le tissu végétal.
Puis la clef.
Comme un écrin son bijou,
Il la reçoit dans un silence amorti.

 

Commentaires

Bravo Lomi Lomi, c'est un texte très émouvant.

Écrit par : enriqueta | dimanche, 11 septembre 2011

beau poème... Et belle soirée... à plus. ;-)

Écrit par : patriarch | dimanche, 11 septembre 2011

:-) merci à vous

Écrit par : lomilomi | lundi, 12 septembre 2011

Waouh, je reste sidérée devant ce premier texte dont les phrases courtes font la force...
Il porte des sentiments communs à beaucoup de femmes et je garde "Partir pour retrouver son Elle à elle...", cela me parle, j'en connais les détails, même s'ils portent de temps en temps encore la culpabilité d'avoir fait ce choix...
Merci Lomi pour ce texte, merci.
Enriqueta je t'embrasse et je te souhaite un bon début de semaine.

Écrit par : Charlie | lundi, 12 septembre 2011

Voilà quelqu'un qui écrit très bien ma foi ! Tout s'enchaîne à un rythme court pour un plaisir de lecture ! Jill

Écrit par : jill bill | lundi, 12 septembre 2011

un nouveau texte sur mon blog
Bonne journée C...@plus

Écrit par : coockers | mercredi, 14 septembre 2011

Les commentaires sont fermés.