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mercredi, 03 avril 2013

Ignace et compagnie

Je me souviens encore de la dernière plaidoirie de maître Ignace Bonimenteur au palais de justice de Bruxelles.  "Ma cliente a commis des crimes abominables, néanmoins je vais vous demander de l'acquitter pour les raisons suivantes..." disait le grand Ignace (comme l’avait surnommé les médias) devant un auditoire suspendu  à ses lèvres. Maître Ignace Bonimenteur, était un des plus brillants avocats de sa génération, qui n'avait jamais perdu un seul procès en vingt ans de carrière. Chacune de ses plaidoiries était attendue avec impatience car elles étaient de véritables bijoux où chaque mot était pesé et ciselé avant d'être admis à prendre place dans ce discours, cette épopée, ce récit mythique.

Le grand Ignace était petit et rond mais dés qu'il commençait à parler il séduisait son public qui l'écoutait religieusement, il devenait alors l'être le plus grand et le plus beau qui ait jamais arpenté un tribunal. Comme tout le monde, je m'attendais à un grand moment, à un instant historique et je me réjouissais d'avoir été envoyée pour couvrir cette affaire - l'affaire de la Belle de glace  comme disaient les médias - par mon journal parisien "La vérité alternative". J'étais la spécialiste juridique de mon journal, j'avais l'habitude des tribunaux et ce n'était pas la première fois que je voyais Maître  Ignace Bonimenteur à l'oeuvre mais rien dans ma longue carrière ne m'avait préparée à faire face à ce que j'entendis ce jour là.

Maître Bonimenteur défendait une jeune femme de 21 ans accusée d'avoir assassiné quatre-vingt-dix-neuf personnes dont trente-trois handicapés, trente-trois enfants et trente-trois personnes âgées, elle avait avoué et avait été prise sur le fait alors qu'elle étranglait sa dernière victime. De plus, on avait retrouvé chez elle de nombreux bijoux ayant appartenu à soixante de ses victimes. Elle avait justifié ses actes en disant simplement qu'elle en avait eu envie. Radegonde Clozot, l'accusée, était une belle femme, grande et mince, avec une magnifique et longue chevelure brune qui encadrait un long visage hâlé, dominé par une grande bouche sensuelle et des yeux verts émeraude. Elle n'exprimait aucun regret et regardait l'assemblée comme si elle était la reine d'Angleterre.

 

Rien dans sa vie passée ne pouvait lui servir de circonstance atténuante et nous nous demandions comment le grand Ignace, malgré son génie, allait pouvoir s'en sortir. Quand il se leva pour prendre la parole, le silence était tel qu'on aurait pu entendre respirer un insecte. Sa voix grave et profonde s'éleva jusqu'aux voûtes construites par le fou  et génial Joseph Poelaert :  "Ma cliente a commis des crimes abominables, néanmoins je vais vous demander de l'acquitter pour les raisons suivantes...", il marqua un courte pause avant de déclarer puissament :" je l'aime et je vais m'enfuir avec elle!".

A partir de cet instant, la situation devint véritablement irréelle, chacun réagit à sa façon à cette incroyable déclaration : certains poussèrent des cris rauques ou stridents, d'autres grincèrent des dents ou se mirent à gémir, quelques personnes se levèrent et ouvrirent la bouche mais aucun son n'en sortit. Le juge  Zacharie Alondonc écarquillait démesurément les yeux et se tournait an alternance vers le procureur du Roi, Cébus Gordon, ses assesseurs et le jury qui restaient pétrifiés, comme pour vérifier qu'il n'était pas en train d'halluciner. Mais cela ne fut rien par rapport à ce qui suivit. Le temps semblait s'être arrêté depuis que Maître  Ignace Bonimenteur avait pris la parole, aussi, bien que j’eus l'impression que cela durait une éternité, il ne s'écoula que quelques secondes avant qu'il ne s'empara de la main de Radegonde et qu'ils ne bondissent hors du box des accusés en direction de la barre des témoins qui se mit aussitôt à tourner sur elle même pour dévoiler un escalier colimaçon en pierre dans lequel ils s'engouffrèrent. Cet accès se referma avant que les gendarmes aient pu faire quoi que ce soit. L'émotion fut alors à son comble, quelques femmes s'évanouirent, quelques hommes se mirent à rire frénétiquement, le procureur du Roi, Cébus Gordon, hurlait  "Arrêtez-les! Arrêtez-les" et le pauvre juge Zacharie Alondonc s'écroula victime d'un malaise cardiaque.

Je connaissais ces légendes qui faisaient du palais de justice une des entrées d'un monde parallèle, une cité souterraine appelée "Brüsel" mais je n'aurais jamais imaginé que cela fut vrai. On ne revit jamais ni Ignace Bonimenteur, ni Radegonde Clozot, et on ne trouva jamais le moyen de faire réapparaître l'escalier de pierre. Ce fut un grand scandale dans toute l'Europe pendant plusieurs semaines, avant que les médias ne se lassent et ne trouvent un autre sujet vendeur. Mais moi, je n'ai jamais oublié ce moment unique de ma carrière que je vous conte aujourd'hui alors qu'il a eu lieu il y a trente-deux ans, trois mois et huit jours.


(Pour Jill Bill; Comme vous l'avez remarqué, je continue mon "rattrapage" des prénoms 2013, puisqu'une Radegonde, un Cébus et un Zacharie accompagent mon Igace)

 

Commentaires

Bonjour élève enriqueta ! Maître Ignace Bonimenteur... Et bien quelle histoire une fois, que tu as bien fait de nous conter, elle en vaut son encre !!! Sois le bienvenu à la cour de récré ainsi que Radegonde, Cébus,et Zacharie ! Merci à toi, bises de m'dame JB

Écrit par : jill bill | mercredi, 03 avril 2013

Mais quelle histoire! (J'aime la précision de la date )
On ne peut oublier un pareil scandale dans lequel sont mêlés plusieurs personnes qui sévissent dans "la cour de récré" ! hi!hi!
Bravo!

Écrit par : fanfan | mercredi, 03 avril 2013

Radegonde tu es découverte !

Écrit par : Josette | mercredi, 03 avril 2013

Je souris de cette histoire rocambolesque, mêlée d'un soupçon de canular de 1er avril et de quelques soupçons d'évènements vécus!!! Car vois-tu, je connais bien le palais de justice de la place Poeilaert à Brüsel une fois, car je n'habite pas très loin!!! Heu non pas à la prison de Saint Gilles, ni celle de Forest hihi!!! Cet escalier me dit quelque chose, mais je te promets je n'ai jamais essayé de l'emprunter hihi!!!
Voilà une histoire bien cocasse !!!
Bravo pour ce récit!!!
Bisous
Domi.

Écrit par : dimdamdom59 | mercredi, 03 avril 2013

Coucou,


J'ai vraiment adoré ton histoire, comme je ne suis jamais venue chez toi je ne sais si tu aimes raconter des récits, des romans, des aventures, en tous les cas la scène est bien campée et l'idée est digne d'un romancier. En plus j'aime beaucoup écrire aussi je sais reconnaître la valeur des autres.

Bravo à ton Ignace, j'ai vu qu'il était réapparu pour la circonstance, rire!

Belle fin de journée

EvaJoe

Écrit par : EvaJoe | mercredi, 03 avril 2013

tu es aussi experte que ton Bonimenteur, car tu jongles très bien avec tous les prénoms qui étaient passés entre les mailles du filet du temps qui courent et que l'on ne rattrapent d'habitude jamais : chapeau !!

Écrit par : ABC | mercredi, 03 avril 2013

un rattrapage fait avec brio ! qu'est devenu Ignace ?
je me fais du souci pour le centième ...

Écrit par : Jeanne Fadosi | mercredi, 03 avril 2013

Alors tu fais d'une pierre 4 coups. C'est bien réussi.

Écrit par : Solange | jeudi, 04 avril 2013

Belle histoire qui réunit plusieurs prénoms avec astuce et humour! J'aime beaucoup! Ch

Écrit par : christiane-Anda-Tourbillon | jeudi, 04 avril 2013

Comme Ignace est romantique et cette histoire a un parfum d'aventures bien sympathique, ton Ignace me fait penser à Belmondo du temps du Guignolo!

Écrit par : mansfield | dimanche, 07 avril 2013

pour une surprise, c'est une surprise !

Écrit par : gazou | jeudi, 11 avril 2013

Ton récit est prenant et on y croirait presque. Bravo et bon dimanche

Écrit par : écureuil bleu | dimanche, 14 avril 2013

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