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Eve et le serpent

Eve était égarée au Paradis terrestre. Cela faisait bien longtemps qu'elle en avait chassé l'infidèle Adam. Mais le Paradis terrestre sans sexe, ce n’est pas marrant! Et il n'y avait guère de monde pour la tenter....

A part le serpent. Ses yeux la fascinaient mais elle se méfiait de cet animal à sang froid. Elle ne l'entendait jamais venir, et soudain, il était là!

"Tu lis, tu lis, c'est tout ce que tu sais faire!" lui avait-il dit de sa voix serpentine, la première fois où il l'avait surprise, lisant quelques psaumes. Il s'était approché d'elle, dans son dos pour lire par dessus son épaule. Elle avait fait semblant de poursuivre sa lecture...

Eve se recueillait au pied d'un cèdre, elle avait l'habitude de passer des heures entières à méditer. Elle aimait aussi fredonner de lancinantes mélodies et chanter sa confiance en Dieu."Tu chantes, tu chantes c'est tout ce que tu sais faire!" préambula le serpent qui était caché sous les fleurs bleues." "Je remercie Dieu car je lui dois la vie" récita Eve qui s'était préparée à cette rencontre. "Comme toutes les créatures du divin Jardin" répliqua-t-il. "Elle nous a tous créé" répondit-elle songeuse. "Arrêtes de penser à L'infidèladam!" débita-t-il de façon péremptoire. "Je n'aime pas les hommes versatiles" indiqua Eve qui pensait à son passé adamesque. "L'amour est ma religion et ma foi" lui susurra le sensuel serpent.

Et le dialogue s'installa ainsi entre ces deux êtres si différents. Glissant jusqu'à son oreille, il lui récitait de savants discours pour l'impressionner, il lui résumait les informations du jour pour la distraire, il lui murmurait quelques mots doux pour la séduire...

Ils passaient des heures ainsi, parlant de tout et de rien. Eve riait souvent et oubliait son ennui, sa solitude et l'infidélité du bel Adam.

Le reptile sans membre qui rampe sur la terre était désormais au coeur de toutes ses prières. Il occupait son esprit jour et nuit...Mais Eve hésitait encore jusqu'à ce qu'elle domine sa peur.

Il y eût des jours, il y eût des nuits...

"Je t'aime" chuchota Eve enlacée au sensuel serpiente.

"Je suis épuisé, il faut que je dorme" énonça le serpent après s'être désenlacé. Et joignant le geste à la parole il ne tarda pas à ronfler. "C'est un homme de parole" se dit Eve en se levant pour échapper à cet assourdissant silence. Et elle se coucha et dormit à l'ombre des ailes maternelles de sa Créatrice.

Il y eût des jours, il y eût des nuits...

"Tu pries, tu pries, c'est tout ce que tu sais faire" fit entendre le malicieux animal au moyen de la parole.

"Je n'aime pas les hommes qui ont un appétit vorace de femelles" assena Eve.

"Faut que t'arrêtes de penser à l'Infidèladam" siffla le reptile.

"Tu n'as rien d'autre à me dire, mon serpentin?"  reprit-elle d'une voix mielleuse.

"L'amour est enfant de Bohême" fredonna-t-il.

Il y eût des jours, il y eût des nuits...

Eve méditait pour trouver le repos. Elle se laissait bercer par les paroles divines: "Décharge ton fardeau sur le Seigneur, Elle prendra soin de toi". "Tu médites, tu médites c'est tout ce que tu sais faire" lui révéla une voix reptiliène. "Crois-tu qu'il n'y ait qu'une seule façon d'aimer?" exprima Eve. "Faut que t'arrêtes de penser à l'Infidèladam" véhémenta-t-il. "Je ne t'aime pas pour les mêmes raisons que j'aimais Adam, mais je t'aime de la même façon, avec les mêmes mots et les mêmes gestes" avoua Eve. "Les voix de notre Seigneur sont amour et vérité" psalmodia-t-il. "De liberté je suis éprise, plus que d'amour plus que de toi" finit par dire Eve à voix basse car elle se sentait attirée par un chemin tortueux qui sortait du jardin céleste.

Ce chemin serpentait jusqu'à un autre jardin immense et inquiétant. Sa marche fut longue et difficile car il lui fallut surmonter beaucoup d'obstacles, il lui fallut affronter de nombreux dangers et, sans doute, fut-elle souvent sur le point d'abandonner. De sombres et froides grottes lui servirent d'abri pour la nuit, des forêts inhospitalières mirent son courage à rude épreuve. Mais son exil lui fit aussi découvrir la magnificence de la nature, une variété de lumières, de sons, de couleurs insoupçonnées. Sa quête s'acheva en découvrant la Communauté des Etres sages.

Les Etres sages vivaient en société, se soutenant, se protégeant les uns les autres des intempéries et des colères de la nature. De nombreux autres êtres vivants les côtoyaient. Leur vie était rude et austère, bien loin de la sérénité du haut Jardin. Ils devaient se battre pour survivre contre les éléments déchaînés, il arrivait même parfois qu'ils se battent entre eux. Cette communauté n'était pas très policée.

Ce qui étonnait le plus Eve était que chacun de ses membres se laissait dominer pas ses instincts les plus triviaux, par ses besoins les plus primaires. Certains étaient apparemment assujettis aux autres, comme si l'égalité n'existait pas entre les créatures de Dieu! Sans aucune raison, les animaux obéissaient aux humains, les femelles obéissaient aux mâles et toute cette communauté semblait sous les ordres d'un être qu'ils appelaient "Père"! Elle se demandait qui avait pu bâtir une société aussi ridicule, lorsqu'elle aperçu Adam.

"Tu causes, tu causes, c'est tout ce que tu sais faire" préambula Eve à Adam. "Faut que t'arrêtes de penser au venimeux animal" rétorqua Adam. "Le serpent n'est pas de ceux qui vendent leur âme pour une jolie silhouette. Il ne sera jamais non plus un bâtisseur de monde à l'envers!" ajouta Eve. "N'aimer que ce qui nous ressemble c'est s'aimer soi-même, cela n'est pas aimer" conclua Adam sans savoir que cette phrase ferait son chemin dans l'esprit de sa première compagne.

Adam était le géniteur des êtres sages, ces êtres étaient très différents les uns des autres, ils devaient être issus de différentes unions. Autrefois déjà dans le parfait Jardin, Adam ne se privait pas de courtiser toutes les femelles qu'il rencontrait : la gazelle, la lionne, la jument et même l'ourse polaire avaient succombé! Il faut dire qu'Adam avait toujours su manier le verbe et le vers.

Les fils et les filles d'Adam étaient violents et destructeurs. Il y avait pourtant chez eux une volonté de croire en quelque chose, qu'ils cherchaient à représenter dans leurs abris souterrains par de naïves peintures. Mais Adam leur enseignait un Dieu coléreux et vengeur qui n'avait rien à voir avec la Créatrice qui lui avait donné le jour.

Eve senti un mouvement furtif en son sein. La vie avait pris naissance en elle. Elle se mit alors en marche vers le Jardin céleste, comme un aigle aux ailes puissantes. Elle était déterminée et les montagnes lui semblaient des collines. Eve n'était plus du nombre des égarés. Elle devisait avec Dieu sur l'avenir de sa descendance. De son ventre sortiraient les élus chargés de guider l'Etre humain sur la voie de l'unité et de la vérité. Mandatés par Dieu, ils porteraient aux descendants d'Adam la parole salvatrice, la sensibilité, l'esprit de tolérance. Au fil des siècles, des millénaires peut-être, les fils et les filles d'Adam seraient civilisés par les fils et les filles d'Eve. Le temps ne faisait par peur à Dieu qui disposait de l’éternité.  

Ayant rejoint le Jardin des Origines, Eve s'engagea dans le chemin qui menait au pied du palmier où elle s'était laissée surprendre la première fois par le serpent. Elle s'y assit et attendit la nuit. Le ciel était clair et calme comme son esprit. Mais le séduisant serpent avait-il su attendre et espérer? Serait-il au rendez-vous? Le soleil déclinait sur les versants fertiles. La nuit serait bientôt là. Eve ferma les yeux pour profiter une dernière fois de cette vipérine incertitude.

"Tu espères, tu espères, c'est tout ce que tu sais faire" dit une voix...

Écrit par enriqueta Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

une autre vision de la genèse, on est surpris par cet écrit, mais c'est super bien ainsi

Écrit par : Venusia | lundi, 14 juillet 2014

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